La vie quotidienne à Armanth

Ce chapitre conclue la découverte d’Armanth et de sa région ! On va vous proposer d’ici peu un document PDF avec tout les chapitres  du Guide d’Armanth, tandis que nous allons avancer la rédaction des quartiers de la ville et ses habitants, d’un coté, et de la description de l’Athémaïs et ses régions de l’autre. Comme pour les différents sujet du jeu de rôle lui-même, il y aura des choses qu’on ne pourra pas partager publiquement, pour ne pas vous spoiler des infos qui doivent rester confidentielles pour les MJ. Bonne lecture, bonnes fins de vacances, restez au frais et protégez-vous bien !

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Armanth a de nombreux surnoms : la Cité des Maitres-marchands, la Ville aux Cent Mille Esclaves, la Cité Hérétique, la Cité des Vices, la Cité Libre, mais un des sobriquets qui la décrit le mieux, c’est celui de la Cité Qui Ne Dort Jamais.

Cette réputation, aussi mérité que tous ses autres surnoms, Armanth la doit à une réalité : si le couvre-feu, pour des raisons de prévention des incendies, est appliqué une heure environ après le crépuscule, à peu près personne ne le respecte et la ville reste éclairée par les lanternes au mellia, les faros, les lampes à huile de narva et les bougies jusque très tard dans la nuit. En fait, il n’y a qu’après minuit et jusqu’à l’aube qu’Armanth dort ; ce qui est très rare, par ailleurs dans les cités de Loss. En l’absence relatif d’éclairage moderne, peu couteux et efficace et eu égard aux dangers des incendies pour n’importe quelle structure urbaine, quand la nuit tombe, les gens ne tardent pas et arrêtent leurs activités pour aller se coucher jusqu’au lever du jour. On peut trouver alors quelques rares troquets et maisons de plaisirs variés, ainsi que quelques palais princiers à veiller tard à la nuit, mais cela reste les seules exceptions.

Mais, justement, pas à Armanth ; Armanth n’aime pas dormir et les armanthiens, riches ou pauvres, ne vont pas se laisser arrêter par quelque chose d’aussi trivial que l’obscurité. Si la plupart des commerces ferment boutique une fois la nuit tombée, les artisans continuent leur tâche après une pause bienvenue pour aller manger et boire auprès des rôtisseurs, boulangers et brasseurs de rue qui tiennent leur stand jusqu’à tard en soirée. Et quand les artisans décident à leur tour de s’arrêter, c’est souvent pour aller se détendre dans une taverne, discuter et jouer avec ses amis, peut-être profiter de combats de cages ou du plaisir fugitif des bras d’une houri. Bref, une bonne partie d’Armanth ne se décide à rentrer chez elle au soir qu’aux alentours de minuit.

Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres des coutumes et habitudes propres à Armanth. Nous allons en aborder plusieurs ci-dessous, pour brosser un aperçu de la vie quotidienne dans la Cité des Maitres-marchands.

1- Coutumes et traditions

Armanth étant fortement multiculturelle, on retrouve dans les habitudes de ses citoyens nombre de coutumes qu’on peut observer ailleurs, même si les coutumes athémaïs sont majoritaires. Il en va de même pour les grandes dates de festivités ; Armanth a ses propres et nombreuses fêtes, qui s’additionnent à celles coutumières dans l’Athémaïs et dans les cultures conciliennes.

Coutumes notoires

Unions & Mariages

À Armanth, les mariages ne sont pas affaire de religion. Le plus souvent, si on souhaite une bénédiction de l’union, on la demandera à un oracle des Néréïdes. Seules les familles les plus traditionnalistes et puissantes demanderont les services de l’Eglise. La cérémonie d’union et le vœu du mariage ont lieu dans un espace consacré face à la mer. Les époux sont isolés de leur futur conjoint pendant trois jours, avant le moment ultime de la cérémonie. L’épouse est voilée de telle manière qu’elle est presque aveugle pour la cérémonie, parfois pour toutes les festivités.

Tous les mariages sont fêtés publiquement, lors de festivités familiales qui regroupent toute la communauté locale. Personne ne vient les mains vide, aussi bien pour participer au banquet, qu’offrir au couple de quoi commencer son installation. Mais avant la cérémonie, chaque union a fait l’objet d’une âpre négociation entre les familles des deux parties et, pour les classes aisées d’un véritable acte notarié, dument signé et enregistré. À noter que la polygamie, si elle existe occasionnellement, n’est pas reconnue par Armanth. Aussi bien l’Église que le culte des Néréïdes refuseront ce genre d’unions.

Salutations & politesses diverses

Les hommes se saluent par une poignée de main, plus ou moins virile. Les femmes s’inclinent ; la bise n’existe pas, sauf entre intimes. Les lossyans se servent peu de leur nom de famille, mais ce n’est pas rare à Armanth de se présenter en le donnant, en précisant ensuite « fils ou fille de » et pour les femmes « compagne de ». Les armanthiens retirent leurs armes (en tout cas les visibles) et se déchaussent quand ils entrent dans une maison, y compris dans une maison de fumerie et autre établissement de plaisirs de luxe. Les hommes entrent toujours en premier dans une maison, simplement pour être les premiers à s’exposer en cas de traquenard.

À noter que personne ou presque n’emploie les mots monsieur, madame, sir, etc… l’Athémaïs comporte cinq pronoms de ce type et une conjugaison pour les rangs sociaux, donc on emploiera un des trois pronoms pour marquer l’intimité ou la neutralité avec son interlocuteur ou pour signifier ses intentions amicales. Les deux autres sont, pour l’un réservés aux parents et supérieurs proches, pour l’autre aux éminences. Au final, les armanthiens tendent à employer les prénoms très souvent et ne se sentent pas gênés de tutoyer tout le monde, même des inconnus.

À table

Les armanthiens ne se servent pas de fourchettes, mais de leurs doigts, de cuillères et de baguettes (comme les baguettes asiatiques) ; ces dernières sont très répandues, des plus simples et jetables aux plus luxueuses, précieuses et laquées. On se met à table les mains lavées. Les esclaves ne mangent jamais avec leurs maitres, sauf sur leur décision, et doivent alors le faire assis au sol, à leur pied. Les femmes mangent avec les hommes à la même table, mais doivent assurer le service, sauf si des serviteurs et des esclaves peuvent s’en charger.

Les armanthiens mangent fréquemment dans la rue, auprès de détaillants et de services de bouches très nombreux. Mais ces derniers ne fournissent pas les couverts, aussi, il vaut mieux avoir son assiette ou son bol et ses services.

Hospitalité

Les règles de l’hospitalité sont les mêmes qu’un peu partout, les seules coutumes notoires sont que l’invité doit honorer compagnes et filles de la maison d’un présent particulier en remerciement de l’hospitalité de la maisonnée. Ce dernier est souvent une corbeille de friandises ou des fleurs, mais peut être plus riche, comme un rouleau d’étoffe, des ustensiles de beauté ou d’hygiène. Dans l’Athémaïs, un invité peut disposer des esclaves de la maisonnée à son gré mais, en échange il doit laisser un présent au maitre de maison pour chaque esclave utilisé à son profit, même si ce n’est qu’un symbolique andri de bronze.

Cadeaux

Quand deux armanthiens se lancent dans une tractation d’importance, qu’il s’agisse de commerce, de diplomatie ou autre, il est de coutume qu’ils commencent par s’échanger un cadeau, qui se doit d’être avant tout personnel. Nul besoin d’être très dépensier, mais le présent doit être intime à celui qui l’offre. Un marin offrira une petite effigie sculptée de ses mains ou par sa famille proche, un génie offrira un croquis de valeur ou une estampe, un Maitre-marchand pourra offrir un cheval provenant de son propre élevage, etc.

Tous les athémaïs mâles ont dans leur poche ou leur bourse un Fursa, une pièce de chance. En fait, presque tout le monde en a une, au final, mais c’est un cadeau offert à tout jeune homme à sa quatorzième année, parmi les signes de son passage à l’âge adulte. Un Fursa peut être de bois, de cuivre, de fer, même de pierre, et la lettre « F » en athémaïs y est gravée. Perdre sa pièce de chance est un très mauvais présage, voler celle d’autrui l’est tout autant ; aussi, un voleur à la tire superstitieux videra la bourse qu’il vient de dérober, pour la jeter avec le Fursa dedans, afin de ne pas s’attirer les foudres des Moiriès du Concile Divin.

Une dernière tradition, que l’on retrouve dans d’autres cultures, aussi bien dans le sud de l’Etéocle que chez les teranchens, par exemple, concerne le présent fait aux jeunes femmes de bonne famille, peu avant leur 13ème ou 14ème année : il s’agit d’un chien de garde, le plus souvent encore jeune, mais qui aura été dressée, ou le sera par la suite. Ce chien est destiné à devenir le compagnon intime et fidèle de la jeune femme et la protéger une fois devenue adulte. Il n’est donc jamais étonnant de voir une jeune fille de la bourgeoisie suivie de son fidèle –et parfois énorme- chien de garde. Il y a d’ailleurs de nombreux élevages à Armanth et dans ses environs.

Fêtes importantes

Les fêtes familiales

Comme on l’a noté plus haut, concernant les cadeaux, les armanthiens commémorent avec force festivités et dépenses l’arrivée à l’âge adulte de leurs enfants, à leur 14ème année. C’est ce jour-là que jeunes hommes et femmes se voient aussi offrir leurs premiers attributs d’adultes : leur Fursa, tout d’abord, mais aussi pour les garçons leur premier couteau personnel et pour les filles leur premier nécessaire de couture ou encore leur chien, bien qu’il soit offert assez souvent un ou deux ans plus tôt. Il est coutumier de faire ces fêtes en famille, mais aussi au sein des corporations et guildes ; les familles se réunissent alors et échangent des cadeaux destinés à ces jeunes gens, afin de leur fournir l’essentiel pour leur départ dans la vie adulte, y compris quelques dons en andris, bien sûr.

Il est à noter, au sujet des fêtes, que les armanthiens ne fêtent habituellement pas les anniversaires. La fête qui remplace cette date est celle de la Longue-Nuit (Voir : Le monde de Loss)

Les fêtes patronales

Les fêtes patronales concernent guildes et confréries qui fêtent l’Alogias ou le Béni qui leur sert de Saint Patron. Durant ces festivités, le corps de métier concerné ne travaille pas et va se distraire en festivités et défilés qui durent un jour ou deux. Au moins une fois par mois, une de ces fêtes concerne tout le monde, qui participe et chôme plus ou moins pendant ces festivités.

La Fête de Muhamat : Sous le patronage de Muhamat, un grand explorateur et capitaine de marine, Béni et saint patron des marins d’Armanth, qui, non content de sauver une dizaine de navire de commerce perdus ou échoués au mépris de sa propre vie, traça les routes et les dangers des côtes de tout l’est de l’Athémaïs, devenus des cartes presque légendaires, dont les copies sont répandues partout. C’est un festival naval avec feux d’artifice et parades de galères bariolées, qui se déroule sur trois jours, au début du printemps et se passe sur les canaux les plus larges de la ville, autour du quartier Ivori et dans le lagon. Les marins d’Armanth y festoient avec grand excès et sont particulièrement vexés quand ils ne peuvent y participer.

La fête Geccio ou du Loba : Geccio est un simple pécheur qui, pendant un hiver de famine, quand Armanth n’était qu’un village, a guidé un navire de pêche pendant cent jours consécutifs, avec ses fils et ses amis, pour nourrir les habitants ; il revenait chaque matin rapporter sa prise et repartait sans se reposer. Il parvint à sauver son village, mais se tua à la tâche. C’est donc sa fête et celle du loba, qui est particulièrement prisé et très consommé à Armanth, une sorte de grosse bonite qu’on pêche en haute mer. La fête a lieu vers à la toute fin de l’hiver et dure deux jours de ripailles festives et arrosées, où on se régale de poisson cru et mariné. Des étals en proposent gratuitement pour tout le monde et l’Elegio est invité à recevoir le cadeau des pécheurs : le plus gros loba qui aura pu être péché juste avant la fête et qui est découpé et servi devant lui.

La Fête de Blanda : Blanda est une esclave devenue une Bénie, qui fut affranchie après une vie de servitude fidèle, dévouée et sans faille. Elle passa le reste de sa longue existence auprès des esclavagistes à améliorer et soulager le sort des esclaves avec patience, sagesse et compréhension. C’est la sainte-patronne des esclavagistes d’Armanth. Organisée conjointement par les hospices et les maitres-esclavagistes, la fête dure deux jours, au début de l’été, où nul mal ne peut être infligé aux esclaves, où on leur laisse souvent ces deux jours comme « congés ». On leur offre des présents en remerciement de leurs services, ainsi que des soins gratuits dans les hospices. A l’occasion, une cinquantaine d’entre eux sont tirés au sort, au Celendiaterio, pour être affranchis s’ils le souhaitent. Les critères des esclaves qui sont choisis pour être tirés au sort sont assez secrets, mais ils sont choisis à partir de propositions des marchands, bourgeois, Église et autres aristocrates.

Les triomphes

Il y a deux fêtes principales de Triomphes à Armanth ; la Grande Armada et Jour du Serment.

Le premier, qui se déroule au début du dernier mois de l’été, commémore la plus grande bataille navale à laquelle ait participé Armanth et qui a signé la fin dramatique de la Croisade lancée par l’Hégémonie contre la cité. La fête dure deux jours, tout le long des quais et du port et c’est l’occasion de parades nautiques majestueuses en uniforme des marins de l’Elegio. Il est à noter qu’il arrive que des gens qui refusent de participer à ces défilés et ces fêtes soient harcelés ou ostracisés

Le second a lieu à l’équinoxe d’automne et la version armanthienne, qui diffère de celle de l’Athémaïs, célèbre la libération de la ville de son oppresseur, Samarkin, une date qui signe la création officielle d’Armanth comme cité-État. La ville est en liesse pendant une parade et une fiera qui s’’achèvent à la nuit dans le Parathéon, avec un concert musical gratuit, des jeux du cirque et des discours. Les congés durent trois jours ; les amis, alliés, confréries et familles renouvellent leur serment, avec force déclamations, cadeaux et des monceaux d’alcool.

2- Nourriture et boisson

Pour plus d’information sur le sujet de la nourriture et des boissons pour les lossyans, nous vous invitons à consulter le supplément Les Archives Lossyannes, qui vous fournira tout un aperçu détaillé de ce qui se mange, se boit, se déguste et comment. Ici, nous allons seulement donner quelques détails typiquement armanthiens.

La cuisine Athémaïs est un mélange deux genres que l’on peut comparer, pour des références plus « terriennes » à la cuisine méditerranéenne du sud de l’Italie ou encore celle de la Croatie côtière pour la première et à la cuisine japonaise pour la seconde ; ça implique beaucoup d’aliments venus de la mer, pas mal de volaille et finalement assez peu de viande de mammaliens, même si le mora est apprécié. Les deux références sont pratiquement égales, aussi bien dans les préparations riches en légumes et fruits frais, plats marinés et grillades diverses, que dans les recettes de poisson cru, de sauces et d’accompagnements. Même la manière de présenter les plats est étudiée pour être mangée avec les doigts ou les baguettes. Le pain y est cependant un aliment essentiel, autant que le til bouilli, qui remplace le riz dans les préparations ; ce dernier n’est pas si courant, c’est plutôt un truc qu’on trouve dans les Cités-Unies ou en Hemlaris.

Ceci dit, une des autres bases alimentaires, c’est le gruau, autrement dit la bouillie de céréales cuits à l’eau, même à Armanth. Bon, alors, ce n’est pas ragoutant, ce n’est pas le meilleur des repas énergétiques, mais c’est tout simplement le plat le moins cher qui soit et les plus pauvres sont déjà bien content de pouvoir se le payer. Et avec quelques légumes à coté et un peu de protéines animales, le plat faire l’affaire pour nourrir son homme.

Quelques plats typiques

Le peschemard : plat national d’Armanth, il s’agit simplement d’un vaste plat de fruits de mer, crustacés grillés et tranches de loba cru et mariné — le peschemari — servi avec des tomates et concombres crus, des qasits bouillis et une sauce d’ail et d’oignon pimentée. Ce plat a autant de variantes que de quartiers et de taverne, mais diffère surtout par le luxe du service et de la présentation. Sur le fond, il reste inchangé ; c’est un plat de fête.

Les piasceris : il s’agit d’un bol de gruau ou de riz assaisonné au gari (voir ci-dessous) sur lequel on pose un assortiment de fines tranches de poissons, fruits de mer et autres crustacés crus ou marinés. Il en existe des tas de variantes, accompagné d’algue, proposé avec le gruau en accompagnement à part, voire remplacé par une salade, etc. C’est un met délicat et considéré comme un plat de luxe, car la découpe du poisson demande un savoir-faire conséquent.

Le gruau rouge : le plat du pauvre, souvent en train de mijoter dans la marmite d’une taverne. C’est une épaisse soupe de til bouilli, accompagnée de tomate séchée, de piments doux et de têtes de poisson concassées puis cuites jusqu’à ce que le cartilage se dissolve. On peut laisser le plat à feu doux des jours durant, il tient au corps, est parfumé et se mange souvent du fromage fort.

Le moretta (on mora farci) : autre plat athémaïs festif, il s’agit de désosser un mora de lait, puis de le farcir de sa chair et de ses abats qui ont été préparés avec nombre d’aromates et d’épices, principalement de l’ail et des oignons doux, mais aussi nombre d’herbes. On recoud le tout et on le rôtit au feu de bois. Il se mange ensuite en se découpant en tranches fines. Il y a beaucoup de recettes, dont certaines où on fait une farce mélangée à de la chair de canards ou d’esqiri. Il est possible de le conserver assez longtemps, mais le plus souvent on le mange frais, pendant les fêtes.

Le Gari : nul ne sait qui a eu l’idée de cette sauce au départ, mais elle est unique à Armanth. Il s’agit d’un condiment préparé à base de têtes et viscères de poisson, carapaces de crustacées et fruits de mers, broyés, laissé à macérer durant dans des mois dans une saumure, puis épicé d’ail et mise en bouteille. La sauce entre dans la préparation de nombreux plats et accompagne tous les repas. Les armanthiens et les habitants de la région adorent cela ; pour tous les autres, ce truc pue le poisson pourri.

3- Hygiène

On aborde rapidement ce sujet car il est d’une certaine importance. L’eau d’Armanth ne provient pas de son fleuve ; on emploie celle-ci uniquement dans des cadres industriels, même pas pour laver le linge, sauf pour les plus pauvres. Armanth dispose de deux aqueducs reliés à un réseau de canaux courant le long des artères principales et qui approvisionne la ville en eau propre et potable, ou du moins raisonnablement. Par prudence, les armanthiens évitent de boire de l’eau, sauf sous forme de thé ou pour couper le vin ; la seule exception concerne l’eau des puits tirée de la colline du Palais de l’Elegio et des contreforts de l’Alba Rupes. Ceci dit, il n’y a pas de notion d’eau courante au robinet ; seuls les maisons les plus riches se permettent des excentricités comme des canalisations privées apportant l’eau dans des bassins dans les demeures.

Les aqueducs ont surtout pour fonction d’alimenter les bains publics et privés, les fontaines et les lavoirs. Il y a beaucoup de bains publics ; en profiter coûte une somme modeste, qui augmente seulement en fonction des services souhaités. Les services les plus luxueux viennent des bains privés, qui sont littéralement des sortes de clubs privés où les hommes (et les femmes) puissants viennent se délasser, discuter et négocier dans un confort inégalé. Les fontaines sont disséminées sur les places et aux carrefours les plus importants et permettent de venir y remplir ses réserves pour tout un chacun, gratuitement. Il en va de même pour les lavoirs, mais on distingue les lavoirs publics des lavoirs privés ; ces derniers appartiennent aux corporations de blanchisseuses qui travaillent pour la haute société de la ville et leur accès est interdit à tout autre que ces corps de métier et aux esclaves domestiques ont eux aussi accès à ces lavoirs privés. À noter que le métier de porteur d’eau, qui font la navette entre les fontaines et les réservoirs privés pour les remplir, est très répandu, mais dispute notoirement cette activité avec les esclaves domestiques dont c’est souvent une des tâches primordiales.

Les armanthiens aiment se baigner et se laver, et ils sont assez nombreux à savoir nager. Cependant, seuls des fous se baignent dans le fleuve ou la lagune. Pour cela, il vaut mieux quitter la ville et ses eaux polluées. Et, oui, les armanthiens vont prendre des bains de mer de temps en temps, même si ce n’est pas non plus très répandu. Pour se délasser, il y a les bassins des bains publiques et privés et, pour les plus riches, les piscines privées de leur domaine. À noter que les autorités sanitaires de la ville, Église en tête, encouragent les gens à une bonne hygiène corporelle ; les physiciens ont vite fait le rapprochement entre saleté et épidémies et ce genre de risques est un danger trop grand, dans une ville aux été parfois caniculaires, pour être ignoré.

4- Loisirs

Il faut bien s’amuser, et les armanthiens ne passent pas leur temps à bosser d’autant que les loisirs fournissent eux aussi un fort potentiel de travail et emploient beaucoup de monde.

Les spectacles de rue

Les saltimbanques, théâtre de rue, musiciens et troubadours, prestidigitateurs et dresseurs animaliers sont légions, comme les attrape-nigauds tenant des stands de jeux d’argents à même la rue. Ces activités ne sont pas véritablement organisées : la moitié de ces monteurs de spectacle appartiennent peu ou prou à des bandes criminelles sous le contrôle de la Cour des Ombres. Et si les gardes le savent, de toute manière, il s’agit d’une tolérance admise partout. Comme les armanthiens vouent un respect notoire aux artistes, on ne leur cherche pas trop de noises et ils sont assez bien accueillis. On trouve de ces spectacles à tous les coins de rue et, en général, là où il y en a un, il est de bon aloi de faire attention à sa bourse et ses bijoux : les pickpockets sont souvent de la partie, quand ce ne sont pas des kidnappeurs en recherche de proie à rançonner, ou revendre aux esclavagistes.

Les combats d’arène

Il y a un colisée à Armanth, le Parathéon et plusieurs petites arènes et amphithéâtres, qui servent aussi bien au théâtre, à la musique et à l’opéra, qu’aux spectacles de combat. Il y a facilement une à deux représentations de combat par semaine. Les spectacles de combat se font toujours à la lumière du jour, l’après-midi. Les gladiateurs sont en général des esclaves entrainés par des dresseurs et maitres d’armes de grandes maisons marchandes, ou aristocratiques, et même appartenant à quelques compagnies mercenaires. Les combats sont codifiés pour éviter de perdre trop de gladiateurs, mais tout dépend des caprices des organisateurs et du prix qu’ils sont prêts à y mettre pour un bain de sang et réjouir le public. Cependant, les lossyans n’aimant pas les morts gratuites, les gladiateurs sont rarement envoyés à la boucherie. Comme précisé ci-dessus, les combattant ne sont pas toujours asservis : certains duels sont organisés entre hommes libres, lors de spectacles martiaux ; les compagnies mercenaires en sont souvent les organisateurs et participants.

À noter qu’il n’y a pratiquement jamais d’exécutions de criminels et autres martyrs dans les arènes, pas plus que de massacre d’esclaves désarmés.

Il y a quatre types de spectacles : les duels (jusqu’à 10 en même temps), les affrontements de masse (jusqu’à 140 gladiateurs en deux groupes), les combat de cage, qui se font souvent en taverne, et les hommes contre les bêtes, où on privilégie les animaux puissants mais qui peuvent être abattu aisément au fusil en cas de problème. Il n’y a pratiquement jamais de combat contre des Draekyas, même si c’est parfois organisé. Même enchainé, un Draekya peut tuer vingt hommes armés en quelques instants et il peut briser ses entraves, mettant alors le public en grand danger. C’est déjà arrivé, dramatiquement ; un Draekya en furie, lâché dans une foule, commettra un massacre.

Les concours de Haut-Art

L’esclavage n’est pas appelé Haut-Art que par tradition, mais aussi pour la qualité de ses résultats artistiques et techniques ; et pour les Armanthiens, c’est bel et bien un art, qu’ils respectent grandement et dont ils aiment faire démonstration. Aussi cynique que cela puisse être considéré, les esclaves dressées et entrainées sont présentées comme des chef-d’œuvre dont les maitres-esclavagistes aiment à faire étal de leur docilité et de leurs talents à la danse, au chant, à la séduction et à l’obéissance aveugle au cours de spectacles particulièrement colorés et luxueux, suivi parfois de ventes aux enchères des esclaves présentées.

Certains de ces concours sont publiques et donnés dans des amphithéâtres et ils sont primés, un peu comme on offre des prix à des chevaux ou chiens d’exposition. C’est fait tout à fait similaire et ces spectacles sont très prisés, certaines esclaves devenant de véritables vedettes dont la valeur devient exorbitante au fur à mesure des prix qu’elles gagnent pour leur propriétaire. Bien sûr, cela permets à des maisonnées de Maitre-esclavagistes de profiter de la gloire gagnée ainsi pour vendre leurs produits d’autant plus chers. À noter que ces spectacles sont, cependant, rarement gratuits et que les prix pour y assister peuvent être assez élevés.

Le théâtre et l’opéra

Le théâtre et l’opéra sont des loisirs prisés, à Armanth. Le théâtre se fait dans des salles plus ou moins adapté, à même les rues parfois, mais aussi dans des amphithéâtres pour des spectacles aux moyens luxueux et pour une riche clientèle. Il en est de même pour l’opéra : les lossyans aiment chanter, le chant et la musique en tant que représentations artistique sont très couru. Dans les deux cas, les styles et les spectacles sont assez éclectiques, n’obéissant pas à des règles de mise en scène strictes.

Si des esclaves participent à ces spectacles comme figurants et pour les phases de danse, ce sont avant tout des professionnels qui jouent sur scène. Les meilleurs acteurs, metteurs en scène et chanteurs et même quelques compositeurs et musiciens sont de vrais vedettes, courtisées par les mécènes les plus riches pour organiser des spectacles à leur bénéfice. À noter que certaines représentations publiques payés par de grands mécènes sont gratuites et se font souvent le soir, certains spectacles pouvant durer 3 ou 4 heures avec buffets, fumoirs, vendeurs ambulants et entractes de cirque, de Haut-Art, de montreurs d’animaux, etc…

Les tavernes

Là où les armantiens se détendent le plus, avec les spectacles de rue et d’arènes, ce sont les tavernes. Avant tout, on y va pour boire, discuter, jouer aux dés et aux cartes, éventuellement conclure des affaires et rentrer chez soi après le couvre-feu. On distingue différents types de tavernes :

Les bouis-bouis sont les plus courantes, ce sont toutes les tavernes à mauvaise bière, alcools pas toujours de qualité et menus de ratas et de soupe dont il vaut mieux ignorer la composition. Ce sont des lieux enfumés où l’on boit, rit, joue et parfois prends de mauvais coups. On les trouve près des ports, dans les bas-quartiers et s’égrainant le long des rues des ateliers. Souvent, on vient y manger à l’abri la nourriture qu’on a acheté aux étals dehors. Il y a rarement de quoi dormir dans les bouis-bouis, et dans ces cas-là, au mieux, ce sont des tas de paille et des bancs dans la salle commune.

Les brasseries ne diffèrent pas tant que cela des bouis-bouis, mais les tenanciers tirent leur propre bière, proposent du vin, différents alcools maison et la nourriture y est plus variée et de qualité. Elles sont aussi plus spacieuses et ont des alcôves discrètes. Il est fréquent d’y voir des spectacles divers ou d’y trouver des cages de combat où des combattants volontaires s’affrontent, avec des paris et des mises diverses. La faune qui fréquente ces lieux diffèrent selon le niveau social où elles s’installent, certaines sont très mal famés, d’autres très embourgeoisées. Certaines brasseries fournissent de bons services d’hôtellerie.

Les torrefetis sont les tavernes à kumat, mais aussi à thé : d’un standing nettement supérieur aux deux autres, on ne les trouve que dans les quartiers les plus riches et en vue. On y boit donc plutôt des boissons chaudes que de l’alcool, qu’on trouvera malgré tout, il y a souvent un cuisinier et un aide attitré qui offre une cuisine de qualité, ainsi que du personnel de service. Vu le luxe général de ces cafés, des esclaves sont là pour le service et le confort des clients. C’est le type de taverne préféré des penseurs, intellectuels, politiciens, mais aussi étudiants et universitaires, qui viennent y prendre leur dose de caféine en refaisant le monde. Les torrefetis ne fournissent presque jamais de services de chambre.

Les salons de fumerie sont très peu nombreux, et leur nom est un peu trompeur, car souvent, ce sont des tavernes de grand luxe accolées à des maisons closes ou (rarement) des Jardins des Esclaves. Là, le luxe règne, et comprends les meilleurs kumats et thés, les meilleurs alcools, les drogues les plus exotiques, les services les plus variés, des bains aux massages en passant par les chambres d’hôte luxueuses, et bien entendu, les services sexuels, y compris dans certains salons discrets, les accès aux loisirs érotiques les plus exotique. Toujours protégés par des gardes mercenaires, toujours très discrets avec leur clientèle, ces salons de fumerie permettent toutes les fantaisies, sont un havre pour pas mal d’homosexuels et transgenres et sont souvent tenus par la Guilde des Courtisans.

Les jeux de société

Quelques mots sur les jeux de société que l’on trouve à Armanth, qui finalement sont plutôt répandus partout. Les plus courants sont les jeux de dés et les jeux de carte. En général, il s’agit de jeux de hasard ou de bluff plus ou moins élaborés qui n’ont d’intérêt que parce qu’on y mise de l’argent. On trouvera souvent le Jhaemo, un jeu de carte qui rappellerait la belote et donne la part belle aux mises et au bluff, et les Part-points, un jeu de dés un peu étrange qui fonctionne sur le pari d’atteindre au plus proche un nombre donné sans le dépasser, avec deux paires de dés. Les Part-points comptent un nombre incroyable de variantes compliquées. On joue beaucoup aussi aux billes. Et ce n’est pas que pour les enfants ; ici, le jeu de billes se fait en misant, c’est la principale différence. Les armanthiens apprécient aussi un jeu de joutes orales complexe, qui consiste à improviser un chant à boire en faisant la critique, en rimes et de préférence drôle, d’une personne qu’on défie de répondre et de faire de même. On ne s’étonne donc pas d’entendre « chanter » dans des tavernes.

Les jeux plus élaborés et qu’on pratique plutôt dans des cadres feutrés ou privés sont la marelle, le Katawa (un jeu Frangien de pari qui ressemble au backgammon, et emploie un boulier et des cartes) et le Metéretron, qui ne peut se décrire autrement que comme le croisement complexe entre un jeu d’échecs et un jeu d’abalone. Ses règles complexes, son damier onéreux et ses stratégies à plusieurs niveaux en font un jeu réservé à des élites. Une partie de Metéretron dure souvent plusieurs heures.

Les loisirs sexuels

L’accès aux services sexuels, surtout à Armanth n’est pas réservé qu’aux hommes, même s’ils sont de loin la plus grande clientèle. Il y a des lieux et des services pour les femmes libres et, si c’est très discret, ils sont tout à fait admis. Le second point est que les loisirs sexuels ne sont pas l’apanage des maisons de Houris et autres Jardins d’Esclaves. Il y a une forte prostitution, même si elle n’est pas forcément bien vue et les Courtisans tiennent leurs salons de fumerie tout à fait publiquement.

Dans l’ordre du luxe, le plus bas de cette échelle, ce sont les prostitués des rues : ce sont des membres de toute la plus basse classe sociale d’Armanth et on y trouve même des hommes, qui vendent la seule chose qu’il leur reste à vendre, à même la rue : leur corps. Autant dire que c’est une activité dégradante, qui paye fort mal, qui est très risquée, qui se finit souvent dramatiquement. En plus, c’est officiellement interdit dans Armanth.

Viennent ensuite les Maisons de Houris qui sont, en gros, des maisons de passe de bas étage, où des esclaves enchainées dans des alcôves lugubres sont contraintes à faire de l’abattage pour des clients peu regardants. Ces maisons de passe appartiennent à des tenanciers en relations avec des esclavagistes, mais les esclaves qui y finissent font partie des celles vivant le pire sort qu’on puisse connaitre de l’asservissement. Souvent ces Maisons de Houris sont accolées à des maisons de bains publiques.

Viennent ensuite les Jardins des Esclaves, où un homme disposant d’un pécule suffisant, car ce n’est pas donné, peut profiter d’une journée ou d’une soirée dans un cadre luxueux avec des Esclaves des Plaisirs éduquées, tout à sa disposition, entouré de quelques autres clients. Il peut discuter avec les filles du jardin, profiter des bains privés, se faire masser et, bien sûr, en user sexuellement. Le niveau de qualité diffère selon le luxe et les tarifs, certains sont juste de meilleur qualité que des Maisons de Houris, d’autres sont de véritables temples de la sexualité la plus luxueuse et débridée. Il y a quelques Jardins des Esclaves ouverts aux femmes, avec des esclaves mâles et femelles. Si ces derniers sont discrets, cela ne choque pas vraiment les armanthiens.

Enfin, restent les Salons de Fumerie des Courtisans, que nous avons évoqués plus haut. Les Courtisans forment une corporation tout à fait officielle, qui est caractérisée par le fait qu’elle n’emploie jamais d’esclaves pour les services sexuels, mais des personnes libres membres de la corporation, formées aux arcanes de la séduction, de l’étiquette de cours, de la discussion, de la musique et d’autres formes d’arts. Les Courtisans ont pour rôle d’être des artistes du divertissement et des personnes de compagnie. Le sexe fait partie des services qu’ils offrent mais ce n’est pas l’essentiel, bien que ce soit le plus recherché ; non pour sa qualité, mais surtout parce que les Salons de Fumeries permettent des fantaisies impossibles ailleurs.

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